mot de la zone : musique

Aujourd’hui Eurydice

 

Retranchée dans un appartement, la messagère d’Eurydice revient sur les évènements qui l’ont amenée à trahir le Groupe d’Intervention. État d’urgence, catastrophes industrielles, pollutions, montée des eaux… Au cours d’une de ses enquêtes, la messagère retrouve Orphée. Il a entrepris de redescendre aux enfers mais, hors-sol depuis longtemps, le héros n’a plus de repères… La messagère l’accompagne, le guide, lui souffle son rôle et lui montre les boucles baroques d’un monde en mouvement. Tout est lié dans ce roman aux multiples facettes qui tente de saisir les dérèglements de notre époque : réécriture du mythe, matière musicale issue de l’opéra de Monteverdi, fable écologique, poésie pétrochimique… Orphée, héros en fuite traqué par des forces contraires, et dénominateur commun de cet étonnant tumulte, cherche une main tendue. Aujourd’hui Eurydice.

Le livre se commande aux éditions publie.net,
ou dans toute librairie,
en format papier et numérique (avec boucles retroactives).
Pour une expérience de l’oeuvre ouverte, croiser lecture du récit et celle du site « avant-scène »eurydice-02

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UNE ÉCOUTE AUGMENTÉE

 

Je cherche un morceau de musique qui ferait entendre la rencontre des eaux douces et salées à l’embouchure des fleuves. Embouchure, estuaire ou delta, je suis prête à faire des concessions. Car en ces lieux du monde, nombreux mais pas infinis, se jouent des polyphonies paysagères où les voix de l’espace et du temps s’entrechoquent tout particulièrement et s’accordent à l’issue de mouvements qui répondent à d’autres beaucoup plus anciens, et de ce fait beaucoup plus lointains, sur des registres de tous ordres : géologiques et cosmiques, physiques et politiques, chimiques certainement, et économiques, de plus en plus. On sait que dans les fleuves dévalent les époques et dans les mers s’échouent et tournoient les désirs des humains, mais sait-on les écouter ? > Lire la suite

hypothèse eurydice

Un air de Monteverdi au bord de l’empire de la pétrochimie. Une messagère annonce une perte… et les enfers ne sont pas loin, leur port, leur bouche… le flot à la bouche à Port-de-Bouc.

Captation sonore Film Flamme de la performance Et si revenait Eurydice… donnée à la médiathèque Boris Vian de Port-de-Bouc le 18 avril 2016 comme restitution de résidence au Centre des arts Fernand Léger de Port-de-Bouc en décembre 2015.

Poulenc et la parole religieuse

© Jean-Yves Bonzon pour Francis Poulenc : Stabat mater / Gloria, À bout de souffle, 2016.

© Jean-Yves Bonzon pour Francis Poulenc : Stabat mater / Gloria, À bout de souffle, 2016.

Parole religieuse ou mots d’amour prennent toujours le risque d’osciller entre jubilations et tourments…  dès qu’ils rappellent la lourdeur des rituels qui font peser le temps. Ces risques, Poulenc les prend lorsqu’il compose ses oeuvres religieuses. Le déroulement liturgique est immuable : d’un côté le Stabat, une adresse mystique et lyrique à une mère lorsque meurt son fils, de l’autre le Gloria, la célébration de ce fils vivant encore dans les coeurs.

 

Mais les rituels, Poulenc s’en joue : la composition ravive les motets français du XVIIème siècle, les sonorités sont inédites voire dissonantes, et les choeurs, tour à tour empathiques ou impertinents, sont à l’image de ces anges qui, dans les fresques d’antan, tirent la langue, souvent !

 

« À bout de souffle », explorant le langage amoureux après Monteverdi et avant deux opéras baroques français, trouve en Poulenc une visitation de la musique ancienne, et l’incarnation d’une parole vive pour chanter la fragilité du temps présent qui rassemble.

 

Texte qui passera par le programme de Poulenc : Stabat mater / Gloria,  À bout de souffle, Halle aux grains, Toulouse, 2016 – inspiré par Jubiler ou les tourments de la parole religieuse, Bruno Latour, publié à La Découverte, 2013.

fantasques

 

111_ trois voix s’entrecroisent, chacune est aussi chantée par des ensembles de quatre à cinq voix qui disent l’intensité de leurs sensations et la myriade de leurs émotions. Il ne reste que les paroles : plus de partition pour le chant. 100_ 010 _ 001_ des comptines : une ou trois par voix, de celles qui se disent dans un demi-sommeil pour s’endormir ou réordonner le monde à l’éveil. S’y trament les chiffres implacables, les images où tout bascule et le jeu suprême de la langue qui s’accroche aux dents pour ne pas être avalée par la suffocation. > Lire la suite

© zone claire 2015