Écrans

Ici des textes publiés aussi sur des réseaux sociaux, des sites amis, dans des livres pour iPad— la circulation comme expérience de maturation des textes.

UN TATOUAGE DE RÊVE

 

Qui n’a jamais laissé aller ses rêveries jusqu’au tatouage qu’il se ferait faire, le laissant se promener sur son épiderme et changer de forme au gré des expériences de la vie, tant que les aiguilles ne l’y ont pas fixé en une trace indélébile, ancrant à jamais le témoignage d’une vie vécue dans le présent d’une peau. J’ai souvent pensé au sens qu’il y a à se faire tatouer : l’expiation d’une faute par un marquage à vie, l’inscription d’une parole scellée à vif ou le goût pour une expérience intense et douloureuse… Mais si j’ouvrais un salon de tatouage, nous oublierions ces conventions, et nous commencerions, avec la personne venue, par dérouler le fil des trajets qu’elle a pratiqués, nous ferions l’inventaire des invisibles l’ayant traversée (ondes, rayons, produits chimiques…), puis nous établirions des correspondances singulières entre ces substances généralisées et leurs appréhensions biographiques particulières. Mon rôle consisterait à faire apparaître le milieu constitué par le corps de chacun. > Lire la suite

hypothèse eurydice

Un air de Monteverdi au bord de l’empire de la pétrochimie. Une messagère annonce une perte… et les enfers ne sont pas loin, leur port, leur bouche… le flot à la bouche à Port-de-Bouc.

Captation sonore Film Flamme de la performance Et si revenait Eurydice… donnée à la médiathèque Boris Vian de Port-de-Bouc le 18 avril 2016 comme restitution de résidence au Centre des arts Fernand Léger de Port-de-Bouc en décembre 2015.

un homme au musée

 

Je veux remercier, ici devant vous aujourd’hui, l’anthropologie contemporaine de s’occuper enfin de l’homme moderne. C’est à me faire regretter ne pas être anthropologue moi-même et de n’avoir pas contribué à la documentation de cet objet omniprésent et surtout devenu omnipotent sur, dans et au-dessus de la terre. Le travail n’est pas terminé. Et je me réjouirais d’opérer l’un de ces retournements de représentation nécessaires aux tentatives de saisie de ce spécimen. Chacune d’elles exige encore des tours de force qu’on réalise avec peine. Déjouer le jeu des miroirs et des écrans. Suivre les réseaux des attachements, de l’électricité, du gaz, du pétrole et de l’eau. Oser les comparaisons entre ses modes de pensées, de cuisiner, de prier, de dépenser et de faire l’amour. Renoncer à la pensée universelle. Et plus difficile encore : sortir du jeu de pouvoir qu’impose la publication de ces connaissances. > Lire la suite

fantasques

 

111_ trois voix s’entrecroisent, chacune est aussi chantée par des ensembles de quatre à cinq voix qui disent l’intensité de leurs sensations et la myriade de leurs émotions. Il ne reste que les paroles : plus de partition pour le chant. 100_ 010 _ 001_ des comptines : une ou trois par voix, de celles qui se disent dans un demi-sommeil pour s’endormir ou réordonner le monde à l’éveil. S’y trament les chiffres implacables, les images où tout bascule et le jeu suprême de la langue qui s’accroche aux dents pour ne pas être avalée par la suffocation. > Lire la suite

distorsion (il était temps)

 

Je préfèrerais me taire si j’estimais que cette relation ne pouvait donner espoir à ceux que l’étrangeté de notre époque accable— dont l’un des premiers signes est à coup sûr que les catastrophes s’y commémorent comme des victoires— me plais-je à penser, mais peut-être trop vite— contre un ordre qui s’est arrogé depuis près de deux siècles maintenant une vision exclusive et linéaire du passé, du présent et, pire, du futur. Nous pourrions discuter ici, et certains cercles de ma connaissance ne manqueront pas de le faire, de la nature des phénomènes de boucles par lesquelles des actions de naguère qu’on avait crues prospectives s’avèrent rétroactives, et des causes physiques de tout cela, et des conséquences cosmologiques qui nous arrivent. Mais la mention de l’évènement du 29 août 2015 tel qu’il s’est enroulé, devrais-je dire, à la Nouvelle Orléans, fera sentir plus directement les circonstances inouïes dans lesquelles nous sommes depuis ce jour. > Lire la suite

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