Carnet

La sorcière

 

Il était une fois dans les lointains confins, c’était à la croisée des chemins, une vieille qui avait toujours habité là. Son paysage était fait d’ordinaire et d’une maison qui laisse passer le vent.

Un jour qu’elle cueillait un bouquet de matricaires, elle entendit un vacarme si fort, si fort, si fort qu’elle lâcha les fleurs à ses pieds et porta les mains à ses hanches. Un pneu avait passé la glissière et se trouvait, là, désolidarisé du véhicule qui l’avait éjecté. Longtemps après les sirènes, la vieille rassembla son bouquet, et dans un geste ancestral, en déposa sur le pneu l’une des fleurs. Elle entendit aussitôt une voix qui lui souffla : « Je te remercie La Vieille, mais porte-moi maintenant au grand virage ».

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Mais qui est Platée ?

 

© Frédéric Blaimont pour À bout de souffle, 2010

© Frédéric Blaimont pour À bout de souffle, 2010

Une nymphe batracienne qui s’y croâ… Elle est laide, parle mal, mais ne doute pas de son charme. À preuve : elle cherche ses amants parmi les rois, sur terre ou dans le ciel.

Une rainette des marais aveuglée par l’image de soâ… Lorsque Jupiter lui apparaît sous la forme d’un hibou, elle y voit l’image de l’amour !

Une reine d’apparat qui rate son destin tragique… Elle rêve des désordres de la passion mais ne sait qu’agencer son mariage.

Une grenouille qui sert d’appât… Au désir effréné de Jupiter, à la jalousie déplacée de Junon, au rire des spectateurs, pour la joâ de tous…

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Baise m’encor rebaise et baise :
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

 

Las te plains-tu ? ça que ce mal j’apaise
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers tant heureux
Jouissons-nous l’un dans l’autre à notre aise.

 

Lors double vie à chacun suivra
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’amour penser quelque folie :

 

Toujours suis mal vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

 

LOUISE LABÉ


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