mot de la zone : peuple intérieur

Aujourd’hui Eurydice

 

Retranchée dans un appartement, la messagère d’Eurydice revient sur les évènements qui l’ont amenée à trahir le Groupe d’Intervention. État d’urgence, catastrophes industrielles, pollutions, montée des eaux… Au cours d’une de ses enquêtes, la messagère retrouve Orphée. Il a entrepris de redescendre aux enfers mais, hors-sol depuis longtemps, le héros n’a plus de repères… La messagère l’accompagne, le guide, lui souffle son rôle et lui montre les boucles baroques d’un monde en mouvement. Tout est lié dans ce roman aux multiples facettes qui tente de saisir les dérèglements de notre époque : réécriture du mythe, matière musicale issue de l’opéra de Monteverdi, fable écologique, poésie pétrochimique… Orphée, héros en fuite traqué par des forces contraires, et dénominateur commun de cet étonnant tumulte, cherche une main tendue. Aujourd’hui Eurydice.

Le livre se commande aux éditions publie.net,
ou dans toute librairie,
en format papier et numérique (avec boucles retroactives).
Pour une expérience de l’oeuvre ouverte, croiser lecture du récit et celle du site « avant-scène »eurydice-02

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PORT-DE-BOUC SENTINELLE

 

Port-de-Bouc en son paysage est une ville sentinelle. Au front des matières, elle a dû choisir plusieurs fois déjà, ce qui pouvait rester et ce qui devait partir. Ce qui devait s’aménager et ce qui devait déménager. Cette ville bâtie aux avant-postes de l’ère industrielle, écoutons-la. Écoutons-la raconter la révolution des machines dans les vies, écoutons-la égrainer les immigrés venus ici pour travailler, écoutons-la chanter les humains qui se rassemblent en syndicats, en mutuelles, en foyers, en cercles ouvriers, en quartiers, en associations grecques, italiennes et gitanes, sur les deux places du marché et dans les soixante-dix cafés. Toutes ces voix d’hommes sur la voie publique, toutes ces voix de femmes au pied des immeubles, et ces enfants qui courent dans les allées. Port-de-Bouc n’entend plus les sirènes du progrès. Écoutons-la raconter les combats et les négociations entre le travail et la pollution. Écoutons-la compter le prix à payer de la sortie des industries. Écoutons-la respirer l’air qui l’inspire. Regardons-la sédimenter son inconstructible rivage. Écoutons son cœur battre pour un espace à récupérer sur la ruine du siècle dernier. Écoutons le bruissement incertain de ce qui lui arrive. Écoutons-la fabriquer un monde au jour le jour et qui sera bientôt le nôtre — ville au front, ville sensible, ville sentinelle qui joue pour nous, terriens, le pari d’un lendemain.

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hypothèse eurydice

Un air de Monteverdi au bord de l’empire de la pétrochimie. Une messagère annonce une perte… et les enfers ne sont pas loin, leur port, leur bouche… le flot à la bouche à Port-de-Bouc.

Captation sonore Film Flamme de la performance Et si revenait Eurydice… donnée à la médiathèque Boris Vian de Port-de-Bouc le 18 avril 2016 comme restitution de résidence au Centre des arts Fernand Léger de Port-de-Bouc en décembre 2015.

Poulenc et la parole religieuse

© Jean-Yves Bonzon pour Francis Poulenc : Stabat mater / Gloria, À bout de souffle, 2016.

© Jean-Yves Bonzon pour Francis Poulenc : Stabat mater / Gloria, À bout de souffle, 2016.

Parole religieuse ou mots d’amour prennent toujours le risque d’osciller entre jubilations et tourments…  dès qu’ils rappellent la lourdeur des rituels qui font peser le temps. Ces risques, Poulenc les prend lorsqu’il compose ses oeuvres religieuses. Le déroulement liturgique est immuable : d’un côté le Stabat, une adresse mystique et lyrique à une mère lorsque meurt son fils, de l’autre le Gloria, la célébration de ce fils vivant encore dans les coeurs.

 

Mais les rituels, Poulenc s’en joue : la composition ravive les motets français du XVIIème siècle, les sonorités sont inédites voire dissonantes, et les choeurs, tour à tour empathiques ou impertinents, sont à l’image de ces anges qui, dans les fresques d’antan, tirent la langue, souvent !

 

« À bout de souffle », explorant le langage amoureux après Monteverdi et avant deux opéras baroques français, trouve en Poulenc une visitation de la musique ancienne, et l’incarnation d’une parole vive pour chanter la fragilité du temps présent qui rassemble.

 

Texte qui passera par le programme de Poulenc : Stabat mater / Gloria,  À bout de souffle, Halle aux grains, Toulouse, 2016 – inspiré par Jubiler ou les tourments de la parole religieuse, Bruno Latour, publié à La Découverte, 2013.

fantasques

 

111_ trois voix s’entrecroisent, chacune est aussi chantée par des ensembles de quatre à cinq voix qui disent l’intensité de leurs sensations et la myriade de leurs émotions. Il ne reste que les paroles : plus de partition pour le chant. 100_ 010 _ 001_ des comptines : une ou trois par voix, de celles qui se disent dans un demi-sommeil pour s’endormir ou réordonner le monde à l’éveil. S’y trament les chiffres implacables, les images où tout bascule et le jeu suprême de la langue qui s’accroche aux dents pour ne pas être avalée par la suffocation. > Lire la suite

© zone claire 2015