Tour Sapphire

 

Du haut de Sapphire, brillent encore l’Euphrate et le Tigre de la Syrie en sang, et plus loin, l’Afghanistan.

Du haut de Sapphire cavale IO la génisse gémissant sous la piqûre du taon — sans saillie et fendant de son sabot fou la terre entrouverte du désir divin, déchirant de sa corne l’or du soleil couchant sur la mer de Marmara. Et par la faille ouverte le monde des vaches se scinde, sacrées à l’est, mangées à l’ouest. Les lignes de train peinent à se rejoindre sous la mer de marbre prête à se veiner pourtant.

Du haut de Sapphire Europe au dos de Zeus passe, taureau blanc fleuri des pâquerettes cueillies par la nymphe. Les mêmes vendues ce jour en couronnes à Sultanahmet, Eyüp et Galata. Et le Bosphore, qui porte le bœuf porte Europe d’Orient en Occident, du Liban à la Crête, désorientée la nymphe ennuagée dans les brumes du Pont-Euxin. Istanbul par accident orientée vers l’Asie, ni les toits, ni les façades.

Du haut de Sapphire, la mer noire et le Bosphore dans un même rayon de soleil – et là, Troie à l’horizon. Hélène et Paris au dernier regard du jour sur les remparts seuls ont entendu le hennissement de la ruse – ils savent la chute, le lit brisé, le départ d’Ulysse et la fuite d’Énée après le carnage se couchant, plusieurs fois impérial, riche, puissant. On ne compte plus les coups de sang de tous les sultans.

Du haut de Sapphire un hélicoptère semble un gros taon, désir inassouvi des orientalistes qui rêvaient de s’étranger aux arabesques par les ors de Byzance. Il erre parmi les tours bâties par Toki. Combien de vestiges encore pour Venise contre la déshérence de l’empire ?

 

 

 Texte déjà passé par le site Urbain, trop urbain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


© zone claire 2015